Tchad : des rebelles regagnent la légalité

Une centaine de rebelles tchadiens appartenant au Conseil de commandement militaire pour le salut de la République (CCMSR), l’un de principaux mouvements rebelles implanté dans le sud de la Libye et opérant dans l’extrême nord du Tchad, ont regagné le vendredi 19 mars dernier la légalité.
Le ministre de la communication, porte-parole du gouvernement, Chérif Mahamat Zene a déclaré à Tchad Actu que les désormais ex-rebelles étaient à bord d’une centaine de véhicules Toyota tout terrain. Ce ralliement a été qualifié d'enfumage médiatique et de propagande électorale par le Conseil de commandement militaire pour le salut de la République.
« En effet plusieurs centaines des éléments du CCMSR, à bord d'une centaine de véhicules, avec à leur tête, entre autres, Mahamat Haki Abramane, connu sous le nom de Hakimi, un des chefs de ce mouvement, ont regagné la légalité́, le vendredi 19 mars 2021 dans l'après-midi » a affirmé le porte-parole du gouvernement Tchadien, Cherif Mahamat Zene.
Réponse du porte-parole du CCSMR, Mahamat Egre Hally : "la lutte continue et le moral est très haut. Il n’y a pas plus 50 personnes qui ont rallié le gouvernement. Le gouvernement a gonflé le nombre en ajoutant ses propres véhicules et hommes" a déclaré Zone instable L’extrême nord du Tchad frontalier de la Libye, est une zone instable.
Dans le massif du Tibesti, ont lieu régulièrement des affrontements entre militaires tchadiens et groupes rebelles, d’une part, et d’autre part entre les soldats loyalistes et les orpailleurs illégaux et autres trafiquants divers sont relativement fréquents. Des groupes armés opposés au président Idriss Déby Itno, qui dirige le Tchad d'une main de fer depuis un peu plus de 30 ans, mènent régulièrement des incursions depuis leurs repaires libyens.
La dernière attaque des éléments du CCMSR contre les positions des forces gouvernementales date de février 2020. Elle a eu lieu à Kouri 65, dans l’extrême-nord du Tchad et avait été repoussée. Il y a un peu plus de deux ans, une de leurs colonnes de l’union de force de résistance (UFR) composée de 40 véhicules et dirigée par Timane Erdimi, neveu du président Idriss Deby Itno avait été stoppée grâce aux frappes de l’avion militaire française. Paris avait assuré être intervenu, à la demande du dirigeant tchadien, considéré comme un allié incontournable dans la lutte contre le terrorisme, pour éviter qu’il ne soit renversé.
Le 25 janvier 2020, les autorités tchadiennes ont levé l’état d’urgence dans la province du Tibesti, instauré cinq mois plus tôt, à la faveur d'une accalmie relative et après le déploiement de renforts militaires dans cette région désertique en partie truffée de mines d'or. Le Conseil de commandement militaire pour le salut de la République (CCSMR) est né en 2016 d’une scission du Front pour l’alternance et la concorde au Tchad (Fact). Celui-ci opérait au départ dans le sud de la Libye. Mais, poursuivi par les hommes du maréchal Haftar, le mouvement rebelle s’est retrouvé au Tchad, où il continue de s’appuyer sur des alliances avec des groupes islamistes qui s’oppose à Khalifa Haftar.
Affaiblissement
Le ralliement des éléments de ce mouvement rebelle conduit par son chef d’état-major Mahamat Haki Abdramane affaiblit considérablement le CCSMR qui est déjà miné par de dissensions internes liées à une guerre de leadership entre ses différentes composantes. Ce ralliement intervient au moment où le pouvoir du Maréchal Idriss Deby Itno est accusé ces derniers temps de réprimer l’opposition en interdisant les rassemblements et manifestations des partis politiques et mouvements de la société civile qui réclament "une alternance au pouvoir" à l’approche de l’élection présidentielle de l’avril 2021.
La dernière manifestation organisée le samedi 20 mars dernier a également été réprimée par les forces de l’ordre. Par ailleurs, le 28 février, la tentative d’arrestation par les militaires, du candidat déclaré, à la présidentielle du 11 avril, Yaya Dillo Djerou (sa candidature a été invalidé par la Cour suprême) s'était soldée par la mort de trois personnes, dont sa mère et deux soldats selon le bilan officiel. Depuis, Yaya Dillo Djerou est en fuite et est recherché par la justice. La Cour suprême a retenu dix dossiers de candidatures à la présidentielle du 11 avril. Trois candidats se sont retirés, même si la Cour suprême refuse de prendre en compte ce retrait.



