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Tchad: le message du Président de la République à la Nation Tchadienne

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Tchadiennes, Tchadiens

Mes chers compatriotes

À la veille de la célébration du soixante-sixième anniversaire de notre indépendance, je m’adresse à vous avec confiance et espérance. Célébrer ce 66ᵉ anniversaire de notre accession à la souveraineté, c’est renouveler la promesse faite en 1960 par tout un peuple décidé à prendre son destin en main. Un pays ne naît qu’une fois, mais il s’assume et se réaffirme chaque jour. En ce jour de mémoire et de communion nationale, mes pensées se tournent vers celles et ceux qui ont porté le rêve d’un Tchad libre, indépendant, uni et souverain. Je m’incline avec respect devant la mémoire des pères fondateurs de notre Nation, mais aussi devant toutes ces femmes et ces hommes restés dans l’ombre dont le travail silencieux a édifié le Tchad. Je rends un hommage vibrant à nos héros connus ou anonymes, issus de toutes les générations, qui ont servi notre pays avec courage, patriotisme et quelque fois au prix du sacrifice suprême.

À cet hommage, j’associe ma profonde reconnaissance envers nos Forces de Défense et de Sécurité qui, chaque jour, depuis des décennies entières, veillent sur l’intégrité de notre territoire et protègent notre peuple. À ceux qui sont tombés au champ d’honneur, à l’intérieur du pays ou à l’étranger, la Nation renouvelle sa reconnaissance. Leur sacrifice nous oblige et leur mémoire nous rassemble.

Mes chers compatriotes

Une Nation ne devient pas grande par la seule immensité de son territoire, mais par l’unité de son peuple. En réaffirmant notre fidélité à l’esprit de l’indépendance, nous restons unis et engagés pour bâtir ensemble un Tchad souverain, juste et réconcilié avec lui-même.

Le 11 août n’est pas seulement une date historique. C’est un rendez-vous avec notre conscience collective. C’est un moment d’examen de notre parcours. L’indépendance est un héritage précieux, mais elle est surtout une responsabilité constante. Depuis soixante-six ans, notre pays a connu des épreuves, des crises et des moments difficiles. Mais le Tchad est toujours resté debout. Il est resté debout grâce au courage de son peuple, à sa résilience et à sa volonté de préserver son unité. Notre histoire nous enseigne qu’aucune difficulté n’est insurmontable lorsqu’un peuple avance uni autour d’un seul objectif, au-delà de notre diversité et de nos divergences d’opinion, pour servir notre patrimoine commun qui est le Tchad. C’est pourquoi je vous invite à regarder notre passé avec fierté, notre présent avec lucidité et notre avenir avec confiance. Chaque génération reçoit le Tchad en héritage. Notre devoir est de le transmettre plus fort, plus juste, plus prospère, plus uni et plus souverain. Notre responsabilité est donc claire : bâtir un État exemplaire, protéger le bien public, promouvoir le mérite, renforcer la justice et consolider la paix.

Aucune nation ne peut avancer dans la division. C’est pourquoi je réaffirme mon engagement à la consolidation de notre unité et à l’ancrage de notre solidarité. Aucun individu, aucune communauté, aucune province ne peut construire seul l’avenir de notre Nation. C’est ensemble que nous réussirons.

Tchadiennes, Tchadiens,

Célébrer notre indépendance est d’abord un devoir de mémoire. Un moment pour mesurer le chemin parcouru, mais aussi pour affronter les défis qui freinent notre marche vers la prospérité.

Parmi ces défis majeurs figurent les conflits intercommunautaires qui sèment la mort et endeuillent les familles. Ces tragédies ne sont pas une fatalité. Elles découlent d’un accès inéquitable aux ressources, de la lenteur de la justice, de la circulation incontrôlée des armes, ainsi que de la responsabilité de politiciens véreux, d’administrateurs défaillants et d’ingérences extérieures. Pourtant, notre histoire nous rappelle que la diversité du Tchad est une richesse, et non un motif de division. Elle nous rappelle également que le vivre-ensemble doit être un engagement constant de tous !

Nous devons changer de paradigme. La gestion d’urgence ne suffit plus. Nous devons privilégier la prévention et la réconciliation durable. Cela exige une justice prompte pour mettre fin à l’impunité.

J’appelle également les chefs traditionnels, les leaders religieux, les acteurs politiques, les médias à œuvrer dans le sens du renforcement de la cohésion sociale : ils doivent cesser d’être de simples spectateurs ou de protéger les fauteurs de troubles. En parallèle, nous devons intensifier la lutte contre la circulation illicite des armes et traquer les réseaux de trafic en collaboration avec nos voisins. J’appelle mes compatriotes qui sont toujours manipulés de l’extérieur afin de fragiliser la paix, l’unité et le développement de notre pays à se ressaisir et à prendre conscience. Le Tchad a trop souffert des affres de la guerre et de la déchirure. Je vous invite à être des patriotes qui aiment leur pays au-delà de leurs intérêts personnels.

Face aux multiples défis sécuritaires, il est indispensable de continuer à renforcer nos Forces de Défense et de Sécurité à travers un programme ambitieux de modernisation : équipements de pointe, renforcement des formations et amélioration des conditions de vie de nos soldats.

Mes chers compatriotes,

Depuis plusieurs années, notre pays est exposé à un contexte régional marqué par l’instabilité, les défis sécuritaires, les difficultés économiques et les effets du changement climatique. Malgré cela, le Tchad a poursuivi sa marche avec ordre, méthode et détermination. Cette marche résolue est le fruit d’un effort commun. Elle est portée par toutes les forces vives de la Nation qui ont contribué à cette dynamique par leur esprit de dialogue et leur sens de responsabilité. À cet égard, je voudrais relever l’importance du rôle déterminant joué par les Tchadiennes et les Tchadiens de tous les horizons qui ont dit non à la guerre et ont répondu massivement à notre politique de la main tendue dès les premières heures de la transition.

Notre pays, le Tchad, a ainsi réalisé l’exploit de sortir de la transition avec un retour ordonné et salué à l’ordre constitutionnel.

Cette prouesse a été rendue possible grâce à la volonté de tous, notamment des politico-militaires qui ont déposé les armes pour saisir la voie du dialogue et de la paix. Conformément à l’accord de Doha, nombre d’entre eux se sont transformés en partis politiques et participent à la vie démocratique de notre pays.

En effet, la participation de plus de 300 partis ou regroupements de partis politiques aux élections référendaires, présidentielles, législatives, locales et sénatoriales prouve à suffisance les avancées démocratiques de notre jeune nation.

Je me réjouis aussi des avancées institutionnelles dans la mesure où les institutions issues de la Constitution de la Vᵉ République sont mises en place. Aujourd’hui, nous pouvons affirmer que la force motrice de notre pays est le dialogue et la réconciliation.

Dans le même sillage, la classe politique a négocié et arrêté par consensus un nouveau cadre permanent de dialogue politique, représenté de manière paritaire et tournante entre la majorité et l’opposition. En ma qualité de garant de ce cadre de dialogue politique, je demande aux dirigeants de toujours privilégier le consensus dans la délibération. Je les exhorte aussi à ouvrir le dialogue aux partis politiques restés en marge du processus pour une plus grande inclusivité, car les adversaires politiques ne sont pas des ennemis. Pour renforcer notre cohésion, il est indispensable de renforcer le dialogue interreligieux, de lutter contre l’extrémisme et de sensibiliser au vivre-ensemble, et de faire respecter la Loi de la République. Le dialogue social issu du pacte social a fait ses preuves et devra être renforcé, car il n’y a pas de développement sans paix sociale.

La priorité de mon mandat est l’amélioration des conditions de vie des populations. Qu’il s’agisse de l’éducation, de la santé, de l’accès à l’eau et à l’électricité, des infrastructures de base, mes engagements sont fermes et le Gouvernement se doit de les traduire en réalités palpables. Je demande à tout responsable de l’État, à quelque niveau qu’il soit, d’assumer ses responsabilités ; quant à moi, je vais amplifier mes descentes inopinées et des sanctions s’ensuivront.

Je réaffirme mon ferme engagement à faire de la décentralisation une réalité de mon mandat. Les collectivités autonomes ont été élues et installées dans nos 124 départements, des moyens importants ont été mis à disposition, mais la gouvernance laisse encore à désirer.

Il est encore temps de se ressaisir afin que l’espoir de la pratique de la démocratie locale ne soit pas une illusion. Le Gouvernement est instruit à l’effet d’accélérer la mise à disposition des compétences et à l’augmentation graduelle des ressources aux collectivités autonomes, pour que le développement à la base soit à la hauteur des attentes locales.

Tchadiennes, Tchadiens

Notre ambition demeure inchangée : bâtir un Tchad fort, uni et prospère. Nous poursuivons la modernisation de l’État, le renforcement des services publics, la transformation de notre économie et la création de nouvelles opportunités pour notre jeunesse.

Sur le plan international, le Tchad retrouve progressivement une place importante dans le concert des Nations. Notre voix est davantage entendue et nos partenariats se développent dans les domaines de l’énergie, de l’eau, de la santé, de l’élevage, de l’agriculture, des infrastructures, de la sécurité, de la formation, du numérique, de l’investissement et de la diplomatie. Fidèle aux engagements que j’ai pris devant le Peuple en faveur de la souveraineté de notre pays dans tous les domaines, nous avons posé des actes concrets. Certes, ces actes ne seront pas sans conséquences, mais chaque génération doit faire des sacrifices pour les générations futures. En prenant des actes courageux aujourd’hui, demain nos enfants en récolteront les fruits.

Mes chers compatriotes,

Quant aux avancées économiques, la Table ronde internationale consacrée au Plan National de Développement « Tchad Connexion 2030 » a confirmé la confiance renouvelée de nos partenaires dans notre pays. Cette confiance nous oblige à plus de rigueur, de transparence et de bonne gouvernance. Les résultats obtenus nous encouragent, mais ils ne nous satisfont pas. Je connais les attentes de nos populations. Elles demandent davantage d’eau, d’électricité, de routes, d’emplois, de soins, d’écoles et de justice. Je les entends. Je les comprends.

Notre devoir est de transformer ces attentes en résultats concrets. C’est pourquoi la bonne gouvernance, la lutte contre la corruption et la gestion responsable des ressources publiques demeurent des priorités absolues. Chaque franc de l’État appartient au peuple tchadien. Il doit servir à construire des écoles, des centres de santé, des routes, des infrastructures hydrauliques et énergétiques. La corruption, le détournement des ressources publiques, la fraude et le favoritisme sont des entraves au développement. Ils privent notre jeunesse d’opportunités et compromettent notre avenir. La lutte contre ces pratiques sera menée avec fermeté, impartialité et dans le respect des droits de chacun. L’État doit être exemplaire. Chaque dépense publique doit être utile. Chaque projet doit produire des résultats visibles pour nos concitoyens. J’interpelle, une fois de plus, les entrepreneurs tchadiens à investir au Tchad afin de participer à la création de richesses et d’emplois.

Tchadiennes, Tchadiens

Notre avenir doit reposer sur une économie forte, diversifiée et créatrice d’emplois. Le pétrole demeure un levier important de notre développement, mais il ne peut constituer notre seul horizon. Nous devons mieux valoriser nos ressources naturelles, développer notre agriculture, moderniser notre élevage, soutenir nos entrepreneurs et encourager l’innovation.

L’eau, l’énergie, le numérique et les infrastructures constituent les piliers de notre action. L’accès à l’eau potable restera une priorité nationale absolue. L’électricité sera davantage développée afin de soutenir l’industrie, les entreprises et l’amélioration des conditions de vie. Nous devons également accélérer notre transformation numérique afin d’offrir à notre jeunesse de nouveaux outils d’apprentissage, d’innovation et d’entrepreneuriat.

La plus grande richesse du Tchad n’est pas seulement dans son sous-sol. Elle est dans ses femmes, dans sa jeunesse, dans l’intelligence et le courage de son peuple. Notre priorité restera donc l’investissement dans l’être humain.

À notre jeunesse, je veux dire : vous n’êtes pas seulement l’avenir du Tchad, vous êtes déjà son présent. L’État continuera d’investir dans votre éducation, votre formation, votre insertion professionnelle et votre capacité à entreprendre. Croyez en vos talents. Croyez en votre pays. Servez la Nation avec honneur et responsabilité.

Je veux également rendre hommage aux femmes tchadiennes. Dans les villes comme dans les campagnes, elles portent nos familles, participent à notre économie et contribuent chaque jour à la construction nationale. La promotion de leurs droits, de leur autonomie et de leur participation aux responsabilités publiques restera une priorité.

Notre école demeure le premier chantier de la République. C’est dans les salles de classe que se prépare le destin du Tchad. Nous poursuivrons nos efforts pour améliorer la qualité de l’enseignement et renforcer notre système de santé afin que chaque citoyen puisse bénéficier des services essentiels.

La culture, les arts et le sport continueront également d’être soutenus, car ils portent notre identité et renforcent notre rayonnement. À nos compatriotes de la diaspora, je veux dire que le Tchad compte sur vous. Votre expérience, vos compétences et votre attachement à la patrie constituent une richesse pour notre Nation.

Mes Chers Compatriotes,

L’avenir du Tchad dépend de notre capacité à rester unis et solidaires malgré les épreuves. La main tendue, la paix sociale, la réconciliation, le vivre-ensemble et l’unité nationale exigent de nous un dépassement de soi et impliquent une exigence de pardon. C’est dans cet esprit, et conformément aux pouvoirs que me confère la Constitution, que je prendrai un acte de grâce présidentielle au profit de plusieurs de nos compatriotes condamnés.

Nous devons dépasser nos différences, rejeter les divisions et placer l’intérêt supérieur de la Nation au-dessus de toutes les considérations particulières.

Le patriotisme n’est pas seulement un sentiment. C’est un comportement. C’est respecter la République. C’est protéger le bien commun. C’est travailler honnêtement. C’est transmettre aux générations futures un pays plus fort que celui que nous avons hérité. En ce jour anniversaire de notre indépendance, souvenons-nous que nous avons une même histoire, une même terre et un même destin.

Que chacun d’entre nous devienne un bâtisseur de paix, un acteur du développement et un gardien de l’unité nationale. Et c’est ensemble, dans l’unité, dans la discipline et dans l’amour de notre patrie, que nous parviendrons au Tchad que nous voulons, pour nous-mêmes et pour les générations futures.

QUE DIEU VOUS BÉNISSE ! QUE DIEU BÉNISSE LE TCHAD !

JE VOUS REMERCIE

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CPI : la sortie médiatique de N'gardoum Blanchard

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Le président national de la formation politique "Convergence du peuple pour l'indépendance intégrale" ( CPI), Laouwadoum N'gardoum Blanchard a animé ce lundi 10 août 2026, un point de presse à la Maison de la Presse du Tchad à Moursal en prélude de la 66ème anniversaire de l'indépendance Tchad, célébrée chaque 11 août. Un point de presse qui évoque les problèmes politiques, socio-économique et sanitaire du pays.
‎<< Soixante-six ans après notre accession à la souveraineté internationale, notre pays demeure riche de ses terres, de ses ressources naturelles, de sa jeunesse et de la bravoure de son peuple >>, déclare le président Laouwadoum N'gardoum Blanchard à l'entame de sa communication devant la presse nationale. Abordant les problèmes économiques, le président Blanchard s'interroge en ce terme : << Comment expliquer qu'un pays comme le Tchad aussi riche continue d'importer une grande partie de ce qu'il consomme ? Comment comprendre que nos jeunes diplômés restent sans emploi, que nos paysans travaillent sans accompagnement suffisant et que nos éleveurs continuent d'être confrontés à des difficultés qui alimentent les tensions récurrentes ? Comment accepter que les infrastructures annoncées depuis des années demeurent inachevées? >>, telles sont de part et d'autres des interrogations que le président Laouwadoum N'gardoum Blanchard ne cesse d'évoquer à la nation tchadienne devant la presse nationale.
‎S'agissant de l'opération du troisième recensement général de la population et de l'Habitat ( RGPH-3 ), il estime que cette opération est entre autres le miroir de la nation, la boussole qui oriente les politiques publiques et le socle sur lequel se construisent les écoles, les hôpitaux, les logements >>. Malheureusement, poursuit-il, le CPI exprime sa vive préoccupation face aux difficultés qui ont été rapportées dans le déroulement de certaines phrases du RGPH-3.  Les difficultés que rencontrent les agents recenseurs sont entre autres explique-t-il, les contraintes logistiques, les retards observés dans certaines localités, etc. Il a aussi fustigé cette opération de RGPH-3 est persémée beaucoup d'irrégularités : << Le recensement n'appartient ni à un gouvernement, ni à une administration, ni à un parti politique. Il appartient plutôt à la nation toute entière >>, rapporte, Laouwadoum N'gardoum Blanchard à l'issue de sa communication. Il n'a pas perdu de vue la restriction des libertés d'une manière générale au pays telles que les libertés publiques et de presse, le pluralisme politique, les conditions de vie sociétale. Il a par ailleurs interpellé les forces de l'ordre de veiller aux respect strict de la constitution, les lois nationales et les engagements internationaux au Tchad relatifs aux droits humains.
‎La CPI a enfin proposé par la voix de son président au Gouvernement de faire la bonne gouvernance, d'accélérer les réalisations des infrastructures, de bâtir l'administration fondée sur le mérite, la compétence de et l'égalité des chances, d'investir massivement dans l'éducation, la formation professionnelle, la recherche scientifique et d'emploi des jeunes, de soutenir davantage l'agriculture, l'élevage, l'entrepreneuriat et la transformation locale de nos ressources enfin de renforcer les mécanismes de préventions et la résolution des conflits éleveurs, agriculteurs.

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Tchad : Celestin Topona M. Winga: «Le MPS au pouvoir ne nous a pas fait de cadeaux, et nous aussi…»

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‎Celestin Topona M. Winga: «Le MPS au pouvoir ne nous a pas fait de cadeaux, et nous aussi…»

‎✍️‎Interview à la Une ‎wakat sera-juillet 2026

‎Célestin Topona Mocnga Winga, secrétaire exécutif national de l'Union nationale pour le développement et le renouveau (UNDR)
‎Célestin Topona Mocnga Winga, est le secrétaire exécutif national de l’Union nationale pour le développement et le renouveau (UNDR). En prenant les rênes de ce parti, il remplace l’ancien président Saleh Kebzabo. Plébiscité par les siens à ce poste de lourde respnsabilité, il est bien conscient que son mandat de cinq ans sera tout sauf un long fleuve tranquille, dans Tchad où la vie socio-politique est toujours en mouvement. Celui qui s’est toujours distingué par son engagement et vu comme l’incarnation de la stabilité, s‘est aussitôt mis à l’ouvrage, comme pour dire aux militants de l’UNDR qu’ils ont eu raison d‘avoir «refusé le saut dans l’inconnu». Sa conviction, prouver que «l’UNDR est un parti qui tient la route, un parti qui a toujours vivifié son parcours par une présence effective sur l’échiquier politique du Tchad, par sa présence à l’Assemblée nationale de façon ininterrompue jusqu’à aujourd’hui, où il est impliqué dans les institutions nationales.»

‎Wakat Séra : En décembre 2025, vous avez été à l’unanimité désigné Secrétaire exécutif de l’UNDR, le parti qu’a dirigé depuis 1992, l’ancien chef de l’opposition, ancien Premier ministre Saleh Kebzabo. Quel héritage vous laisse-t-il?

‎👉Célestin Topona Mocnga Winga (SEN UNDR): Le plébiscite décidé en ma faveur, sans aucune manifestation de candidature de ma part, par les camarades de tous les grades au sein du Parti à l’issue de notre 7e Congrès ordinaire, pour moi, est la preuve éclatante de la maturité des militants qui ont refusé un saut dans l’inconnu. Aux côtés du président Saleh Kebzabo dès la création difficile de l’UNDR, j’ai pu comprendre, savoir, comment gérer les femmes et les hommes dans un contexte socio-politique assez complexe et dur comme celui du Tchad. Rien ne présageait qu’un petit noyau de jeunes cadres que nous étions ait pu réussir cette prouesse de créer une organisation politique qui a aujourd’hui pignon sur rue au Tchad. Il faut dire que notre «aventure» politique a trouvé un terrain fertile dès que l’UNDR a été porté sur les fonts baptismaux, parce que les Tchadiens étaient dans l’exaspération totale à cause des différentes crises qu’ils ont vécues. Les guerres civiles des années 1980, qui ont mis en coupe réglée le Tchad sous la direction chaotique des tendances politico-militaires, ainsi que du régime de Hissène Habré, ont enfermé le pays dans une chape de plomb. C’est donc avec enthousiasme que le libéralisme politique prôné par le tombeur de la dictature Habré, le colonel Idriss Déby le 1er décembre 1990, a été accueilli par les Tchadiens. C’est dans cette foulée que l’UNDR a vu le jour. Aujourd’hui nous sommes à notre 34e année de lutte politique, et je peux vous réaffirmer que l’UNDR est un parti qui tient la route, un parti qui a toujours vivifié son parcours par une présence effective sur l’échiquier politique du Tchad, par sa présence à l’Assemblée nationale de façon ininterrompue jusqu’à aujourd’hui, où il est impliqué dans les institutions nationales.


‎«Contrairement à ce que les observateurs avertis croient, aucune décision politique n’est prise par le président Saleh Kebzabo seul. «
‎Du journalisme à la politique, le chemin était-il tout tracé ou bien a-t-il fallu le dessiner?

‎👉Incontestablement, mon parcours politique a été dessiné par mon engagement à vouloir tenter une autre expérience que mon seul métier de journaliste. Rien au début de ma carrière, dans un pays aussi dévasté par la guerre que le Tchad dans les années 80, ne me préparait à faire de la politique. Je m’étais déjà inscrit, comme beaucoup de jeunes qui ont fini leurs études, dans la logique du fonctionnariat, puisque travaillant à la radio nationale, puis à la télévision, que j’ai contribué à lancer en 1987 avec d’autres professionnels. Je croyais que j’allais suivre une carrière normale de journaliste-fonctionnaire, comme beaucoup de mes autres confrères. J’ai effectivement, jusqu’en 1992, été dans le métier et croyais y perdurer, jusqu’au moment où, brutalement, j’ai décidé de dessiner une autre carte à suivre, celle sur laquelle je chemine maintenant.

‎Saleh Kebzabo demeure président d’honneur du parti. Ne vous fera-t-il pas de l’ombre?

👉‎Saleh Kebzabo ne me fera aucune ombre, au contraire. En tant que président d’honneur, j’aurai plutôt à profiter de son expérience. De toutes les façons, nous sommes ensemble depuis plus de trois décennies. Il n’y a eu aucun antagonisme entre nous depuis la création de l’UNDR, dont nous sommes tous les deux les cofondateurs. L’un de nos slogans bien connu dans le pays est «l’UNDR n’a ni père fondateur, ni Guide éclairé», c’est tout dire. C’est un parti politique «collégial» et notre évolution est sous-tendue par ce challenge. Demain, un autre militant va me remplacer et la lutte politique va continuer jusqu’à l’atteinte de l’objectif final qui est la direction du pays. Voilà mon état d’esprit au moment où je prends les rênes du Parti. Ce qui va me préoccuper, c’est essentiellement le renforcement de l’unité des militants.

‎Après plusieurs années passées dans l’opposition, l’UNDR a rejoint la majorité présidentielle à la faveur de la transition politique ouverte après le décès du Maréchal Idriss Déby Itno en avril 2021. Comment se passe la collaboration avec le parti au pouvoir, le Mouvement patriotique du salut (MPS)?

‎👉<< Le plus important, c’est l’avenir de notre pays ». Vous savez, nos rapports avec le MPS ont, pendant 20 ans, été dans le «je t’aime, moi non plus». Frontalement opposés, ces deux partis politiques majeurs ont malgré tout animé la vie politique nationale. Le MPS au pouvoir ne nous a pas fait de cadeaux, et nous aussi, parce que la démocratie était le seul socle de notre lutte. Il y a eu des rapprochements en 1996-1997 entre les deux organisations à l’issue des premières élections pluralistes de l’ère démocratique, puis il y a eu rupture – brutale en 2001 jusqu’en 2021; et maintenant, comme vous le dites si bien, la transition politique nous a rassemblés encore. La nouvelle dynamique fait son chemin, plutôt dans une atmosphère apaisée, puisque nos deux partis ont mûri. Nous avons, je crois, pris la mesure des enjeux qui se présentent devant nous et qui nécessitent que nous réorientions nos différentes stratégies vers une collaboration pour tirer notre pays vers le haut. C’est pourquoi, en pourparlers bilatéraux depuis un certain temps, nous espérons formaliser nos relations pour continuer à cheminer ensemble, car le plus important, c’est l’avenir de notre pays. Notre longévité politique sur l’échiquier national nous commande une réévaluation de notre stratégie par rapport aux forces socio-politiques actuellement en lice. Nous avons réussi ensemble la transition, et l’ordre constitutionnel vient de remettre notre pays à l’endroit; il est possible que nous poursuivions l’expérience. Le nouveau secrétaire général du Mouvement patriotique du Salut, M. Aziz Mahamat Saleh, a assisté personnellement à l’ouverture du 7e Congrès de l’UNDR; je représente le Parti au sein du Cadre permanent de dialogue politique (CPDP). Tout cela milite en faveur d’une normalisation des rapports entre l’UNDR et le MPS. En tout cas, c’est ma conviction; je peux me tromper, mais c’est ce que je ressens sincèrement.

‎Vous êtes souvent désigné comme quelqu’un qui incarne la stabilité. Voyez-vous en cette appréciation une stabilité de la personne ou du parti?

‎👉Je remercie humblement celles et ceux qui estiment que je représente quelque chose pour la stabilité de l’UNDR. De toutes les façons, je ne pourrais jamais détruire ce à la création duquel j’ai moi-même participé. Ce que moi-même j’ai contribué à mettre en place à la fleur de l’âge. Dès la trentaine, j’ai pris fait et cause pour le Parti. Cette appréciation peut à la fois concerner ma modeste personne et le Parti. Si aujourd’hui l’UNDR est considérée comme un parti responsable, c’est grâce à sa résilience interne; et si le Parti est résilient, c’est à cause de la capacité de ses dirigeants à transcender les choses. Il faut que les militants intègrent, dans leur conviction, la notion du dépassement de soi pour mener le Parti vers un lendemain meilleur. Voilà comment j’appréhende d’inciter mes camarades à faire redémarrer avec encore plus de dynamisme le Parti.

‎Pourtant, contrairement à cette stabilité, certaines informations parlent de fronde en gestation au sein du parti. Qu’en est-il exactement?

‎👉Gérer un parti politique, c’est comme gérer une famille, c’est comme gérer une association, bref, les ingrédients qui constituent la société se retrouvent partout. Certes, j’ai été désigné par le Congrès par plébiscite, les congressistes m’ont acclamé, et je sais certainement que la salle me connaissait bien. Ne viennent à un congrès que les délégués dûment mandatés conformément aux textes constitutifs de l’UNDR, et je trouve tout à fait normal que les différences puissent s’exprimer aussi. À l’heure actuelle, je m’organise pour décortiquer la feuille de route préparée par le Congrès, qui sont les résolutions et les motions adoptées.


‎<< Aucun sectarisme, si tant qu’il en existe au sein du Parti, ne me fera reculer dans l’application intégrale de la volonté du 7e Congrès. »
‎Je vais les appliquer intégralement, car elles sont l’émanation de l’écrasante majorité des représentants des cellules des 23 provinces du Tchad. Le Bureau exécutif national que je viens de former tient compte de nos réalités, et sa représentativité est réelle. C’est cela qui m’intéresse; les considérations subjectives doivent attendre, car aucun sectarisme, si tant qu’il en existe au sein du Parti, ne me fera reculer dans l’application intégrale de la volonté du 7e Congrès. Je tire ma légitimité, ma légalité, du Congrès, qui est l’organe suprême de l’UNDR. Je ne tire pas ma légitimité d’ailleurs. Voilà comment je réagis par rapport à ces informations. Je n’ai jamais animé une fronde pendant le magistère du camarade Saleh Kebzabo, auprès de qui j’ai évolué dans la loyauté depuis 1992.

‎Le pilier discret qui prend les rênes de l’UNDR, titrait un confrère. Qu’est-ce qui vous a fait sortir de l’ombre?

‎👉Les gens se sont toujours mépris quant à leur jugement sur la direction ou la gestion de l’UNDR. J’ai toujours été associé étroitement au leadership du Parti. Contrairement à ce que les observateurs avertis croient, aucune décision politique n’est prise par le président Saleh Kebzabo seul. Nous avons notre culture managériale au sein du Parti caractérisée par la discipline à observer. Nous ne chantons pas sur les toits pour gérer nos problèmes et quand nous avions décidé d’intégrer la Transition avec les militaires suite au décès tragique du président Idriss Déby Itno, nous l’avions fait après débat en notre sein. J’ai joué ma partition en tant que 1er vice-président du Parti comme les autres camarades. Il n’y a pas de suprématie outrageante de qui que ce soit dans l’appareil de direction du Parti. Oui, je suis volontiers un des piliers de l’UNDR parce que je suis un des fondateurs du Parti. Sur les 57 membres qui figurent sur le document constitutif de l’UNDR, il ne reste plus que la camarade Louise Memdiguim Djimtobayem, Saleh Kebzabo et moi-même qui sommes actifs… Les autres sont soit décédés, soit, pour beaucoup d’entre eux, ont démissionné du Parti.

‎Votre parti politique est représenté au gouvernement, à l’Assemblée nationale et au Sénat. Quelles sont les perspectives politiques de l’UNDR au sein de la coalition au pouvoir?

‎👉Les perspectives politiques de la coalition qui gère actuellement le pays ne sont pas si mauvaises. L’UNDR est partie prenante de la situation politique et pense que son partenariat avec le MPS notamment, comme dit plus haut, peut s’intensifier. Les défis pour le redressement du pays sont nombreux, et je crois que les partenaires qui ont géré la transition vont poursuivre leur mission. Mon Parti y apportera sa contribution et reste solidaire de l’action gouvernementale.

‎On assiste à un réchauffement des relations entre la France et le Tchad après un intermède de quelques mois de tension suite au départ des soldats français du pays. Quelle est votre appréciation de ce réchauffement?

‎👉Je ne sais pas s’il y avait véritablement fraîcheur des relations entre les deux pays… Ce que nous constatons et auquel vous faites allusion, peut être évalué comme une sorte de clarification des rapports séculaires franco-tchadiens. L’UNDR estime que la souveraineté du Tchad doit être affirmée dans ses relations de coopération avec tous les pays, étant entendu qu’il a l’obligation de préserver ses intérêts stratégiques partout à travers le monde. Avec la France, le poids de l’histoire n’est pas à négliger et si l’on constate une avancée positive dans les relations franco-tchadiennes, c’est plutôt réjouissant. Le partenariat gagnant-gagnant entre la France et le Tchad est vivement souhaité par mon parti.

Cela fait plus d’un an que l’opposant Succès Masra a été condamné à 20 ans de prison. Il a été reconnu coupable de «diffusion de message à caractère haineux et xénophobe» et de «complicité de meurtre», sauf que lui-même, ses conseils et ses partisans crient à la conspiration politique. Son sort préoccupe-t-il l’UNDR?

‎👉L'UNDR s’est déjà prononcée sur cette question épineuse. En tant qu’homme politique, je ne me réjouirai pas de l’incarcération d’un homologue. Pour cette affaire, il faut privilégier le dialogue politique pour que la sérénité puisse s’installer au sein de la classe politique.

‎Les actes judiciaires peuvent être repris autrement, par exemple par une clémence du Président de la République en faveur des prisonniers politiques. En tout cas, mon parti se positionne en faveur du dialogue, les diatribes de certains courants nous paraissent contre-productives. Il faut négocier pour qu’une solution politique soit trouvée. Et que les personnalités arrêtées puissent retrouver la liberté.

‎Ces derniers temps on assiste à une recrudescence des conflits agriculteurs-éleveurs ou entre communautés. Que propose l’UNDR pour résorber ce problème?

‎👉C’est désolant de constater la persistance de ce fléau. La cohabitation entre les communautés tchadiennes est en danger. Au-delà du conflit agriculteur-éleveurs, c’est l’unité du pays qui est en jeu, l’Etat régalien doit sévir pour que les règles du vivre-ensemble ne soient plus bafouées. L’UNDR exhorte le Gouvernement à anticiper la préservation de la paix dans le pays, punir sévèrement les auteurs de ce mal, qui, dans bien des circonstances, sont identifiés. La justice doit être actionnée à cet effet pour sauver la cohabitation pacifique intercommunautaire.

‎En guise de mot de fin, que représente pour vous, pour l’UNDR et pour les Tchadiens, L’ESPOIR du logo du parti?

‎👉Si on n’a espoir en rien, on cesse de vivre. C’est parce que nous croyons en notre lutte politique que nous existons. L’avenir doit nous ouvrir des perspectives pour le renforcement de la démocratie au Tchad. Nous y croyons fermement. Le logo de l’UNDR en lui-même est tout un programme politique: L’ESPOIR!

‎Propos recueillis par Wakat Séra

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