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Tchad : Celestin Topona M. Winga: «Le MPS au pouvoir ne nous a pas fait de cadeaux, et nous aussi…»

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‎Celestin Topona M. Winga: «Le MPS au pouvoir ne nous a pas fait de cadeaux, et nous aussi…»

‎✍️‎Interview à la Une ‎wakat sera-juillet 2026

‎Célestin Topona Mocnga Winga, secrétaire exécutif national de l'Union nationale pour le développement et le renouveau (UNDR)
‎Célestin Topona Mocnga Winga, est le secrétaire exécutif national de l’Union nationale pour le développement et le renouveau (UNDR). En prenant les rênes de ce parti, il remplace l’ancien président Saleh Kebzabo. Plébiscité par les siens à ce poste de lourde respnsabilité, il est bien conscient que son mandat de cinq ans sera tout sauf un long fleuve tranquille, dans Tchad où la vie socio-politique est toujours en mouvement. Celui qui s’est toujours distingué par son engagement et vu comme l’incarnation de la stabilité, s‘est aussitôt mis à l’ouvrage, comme pour dire aux militants de l’UNDR qu’ils ont eu raison d‘avoir «refusé le saut dans l’inconnu». Sa conviction, prouver que «l’UNDR est un parti qui tient la route, un parti qui a toujours vivifié son parcours par une présence effective sur l’échiquier politique du Tchad, par sa présence à l’Assemblée nationale de façon ininterrompue jusqu’à aujourd’hui, où il est impliqué dans les institutions nationales.»

‎Wakat Séra : En décembre 2025, vous avez été à l’unanimité désigné Secrétaire exécutif de l’UNDR, le parti qu’a dirigé depuis 1992, l’ancien chef de l’opposition, ancien Premier ministre Saleh Kebzabo. Quel héritage vous laisse-t-il?

‎👉Célestin Topona Mocnga Winga (SEN UNDR): Le plébiscite décidé en ma faveur, sans aucune manifestation de candidature de ma part, par les camarades de tous les grades au sein du Parti à l’issue de notre 7e Congrès ordinaire, pour moi, est la preuve éclatante de la maturité des militants qui ont refusé un saut dans l’inconnu. Aux côtés du président Saleh Kebzabo dès la création difficile de l’UNDR, j’ai pu comprendre, savoir, comment gérer les femmes et les hommes dans un contexte socio-politique assez complexe et dur comme celui du Tchad. Rien ne présageait qu’un petit noyau de jeunes cadres que nous étions ait pu réussir cette prouesse de créer une organisation politique qui a aujourd’hui pignon sur rue au Tchad. Il faut dire que notre «aventure» politique a trouvé un terrain fertile dès que l’UNDR a été porté sur les fonts baptismaux, parce que les Tchadiens étaient dans l’exaspération totale à cause des différentes crises qu’ils ont vécues. Les guerres civiles des années 1980, qui ont mis en coupe réglée le Tchad sous la direction chaotique des tendances politico-militaires, ainsi que du régime de Hissène Habré, ont enfermé le pays dans une chape de plomb. C’est donc avec enthousiasme que le libéralisme politique prôné par le tombeur de la dictature Habré, le colonel Idriss Déby le 1er décembre 1990, a été accueilli par les Tchadiens. C’est dans cette foulée que l’UNDR a vu le jour. Aujourd’hui nous sommes à notre 34e année de lutte politique, et je peux vous réaffirmer que l’UNDR est un parti qui tient la route, un parti qui a toujours vivifié son parcours par une présence effective sur l’échiquier politique du Tchad, par sa présence à l’Assemblée nationale de façon ininterrompue jusqu’à aujourd’hui, où il est impliqué dans les institutions nationales.


‎«Contrairement à ce que les observateurs avertis croient, aucune décision politique n’est prise par le président Saleh Kebzabo seul. «
‎Du journalisme à la politique, le chemin était-il tout tracé ou bien a-t-il fallu le dessiner?

‎👉Incontestablement, mon parcours politique a été dessiné par mon engagement à vouloir tenter une autre expérience que mon seul métier de journaliste. Rien au début de ma carrière, dans un pays aussi dévasté par la guerre que le Tchad dans les années 80, ne me préparait à faire de la politique. Je m’étais déjà inscrit, comme beaucoup de jeunes qui ont fini leurs études, dans la logique du fonctionnariat, puisque travaillant à la radio nationale, puis à la télévision, que j’ai contribué à lancer en 1987 avec d’autres professionnels. Je croyais que j’allais suivre une carrière normale de journaliste-fonctionnaire, comme beaucoup de mes autres confrères. J’ai effectivement, jusqu’en 1992, été dans le métier et croyais y perdurer, jusqu’au moment où, brutalement, j’ai décidé de dessiner une autre carte à suivre, celle sur laquelle je chemine maintenant.

‎Saleh Kebzabo demeure président d’honneur du parti. Ne vous fera-t-il pas de l’ombre?

👉‎Saleh Kebzabo ne me fera aucune ombre, au contraire. En tant que président d’honneur, j’aurai plutôt à profiter de son expérience. De toutes les façons, nous sommes ensemble depuis plus de trois décennies. Il n’y a eu aucun antagonisme entre nous depuis la création de l’UNDR, dont nous sommes tous les deux les cofondateurs. L’un de nos slogans bien connu dans le pays est «l’UNDR n’a ni père fondateur, ni Guide éclairé», c’est tout dire. C’est un parti politique «collégial» et notre évolution est sous-tendue par ce challenge. Demain, un autre militant va me remplacer et la lutte politique va continuer jusqu’à l’atteinte de l’objectif final qui est la direction du pays. Voilà mon état d’esprit au moment où je prends les rênes du Parti. Ce qui va me préoccuper, c’est essentiellement le renforcement de l’unité des militants.

‎Après plusieurs années passées dans l’opposition, l’UNDR a rejoint la majorité présidentielle à la faveur de la transition politique ouverte après le décès du Maréchal Idriss Déby Itno en avril 2021. Comment se passe la collaboration avec le parti au pouvoir, le Mouvement patriotique du salut (MPS)?

‎👉<< Le plus important, c’est l’avenir de notre pays ». Vous savez, nos rapports avec le MPS ont, pendant 20 ans, été dans le «je t’aime, moi non plus». Frontalement opposés, ces deux partis politiques majeurs ont malgré tout animé la vie politique nationale. Le MPS au pouvoir ne nous a pas fait de cadeaux, et nous aussi, parce que la démocratie était le seul socle de notre lutte. Il y a eu des rapprochements en 1996-1997 entre les deux organisations à l’issue des premières élections pluralistes de l’ère démocratique, puis il y a eu rupture – brutale en 2001 jusqu’en 2021; et maintenant, comme vous le dites si bien, la transition politique nous a rassemblés encore. La nouvelle dynamique fait son chemin, plutôt dans une atmosphère apaisée, puisque nos deux partis ont mûri. Nous avons, je crois, pris la mesure des enjeux qui se présentent devant nous et qui nécessitent que nous réorientions nos différentes stratégies vers une collaboration pour tirer notre pays vers le haut. C’est pourquoi, en pourparlers bilatéraux depuis un certain temps, nous espérons formaliser nos relations pour continuer à cheminer ensemble, car le plus important, c’est l’avenir de notre pays. Notre longévité politique sur l’échiquier national nous commande une réévaluation de notre stratégie par rapport aux forces socio-politiques actuellement en lice. Nous avons réussi ensemble la transition, et l’ordre constitutionnel vient de remettre notre pays à l’endroit; il est possible que nous poursuivions l’expérience. Le nouveau secrétaire général du Mouvement patriotique du Salut, M. Aziz Mahamat Saleh, a assisté personnellement à l’ouverture du 7e Congrès de l’UNDR; je représente le Parti au sein du Cadre permanent de dialogue politique (CPDP). Tout cela milite en faveur d’une normalisation des rapports entre l’UNDR et le MPS. En tout cas, c’est ma conviction; je peux me tromper, mais c’est ce que je ressens sincèrement.

‎Vous êtes souvent désigné comme quelqu’un qui incarne la stabilité. Voyez-vous en cette appréciation une stabilité de la personne ou du parti?

‎👉Je remercie humblement celles et ceux qui estiment que je représente quelque chose pour la stabilité de l’UNDR. De toutes les façons, je ne pourrais jamais détruire ce à la création duquel j’ai moi-même participé. Ce que moi-même j’ai contribué à mettre en place à la fleur de l’âge. Dès la trentaine, j’ai pris fait et cause pour le Parti. Cette appréciation peut à la fois concerner ma modeste personne et le Parti. Si aujourd’hui l’UNDR est considérée comme un parti responsable, c’est grâce à sa résilience interne; et si le Parti est résilient, c’est à cause de la capacité de ses dirigeants à transcender les choses. Il faut que les militants intègrent, dans leur conviction, la notion du dépassement de soi pour mener le Parti vers un lendemain meilleur. Voilà comment j’appréhende d’inciter mes camarades à faire redémarrer avec encore plus de dynamisme le Parti.

‎Pourtant, contrairement à cette stabilité, certaines informations parlent de fronde en gestation au sein du parti. Qu’en est-il exactement?

‎👉Gérer un parti politique, c’est comme gérer une famille, c’est comme gérer une association, bref, les ingrédients qui constituent la société se retrouvent partout. Certes, j’ai été désigné par le Congrès par plébiscite, les congressistes m’ont acclamé, et je sais certainement que la salle me connaissait bien. Ne viennent à un congrès que les délégués dûment mandatés conformément aux textes constitutifs de l’UNDR, et je trouve tout à fait normal que les différences puissent s’exprimer aussi. À l’heure actuelle, je m’organise pour décortiquer la feuille de route préparée par le Congrès, qui sont les résolutions et les motions adoptées.


‎<< Aucun sectarisme, si tant qu’il en existe au sein du Parti, ne me fera reculer dans l’application intégrale de la volonté du 7e Congrès. »
‎Je vais les appliquer intégralement, car elles sont l’émanation de l’écrasante majorité des représentants des cellules des 23 provinces du Tchad. Le Bureau exécutif national que je viens de former tient compte de nos réalités, et sa représentativité est réelle. C’est cela qui m’intéresse; les considérations subjectives doivent attendre, car aucun sectarisme, si tant qu’il en existe au sein du Parti, ne me fera reculer dans l’application intégrale de la volonté du 7e Congrès. Je tire ma légitimité, ma légalité, du Congrès, qui est l’organe suprême de l’UNDR. Je ne tire pas ma légitimité d’ailleurs. Voilà comment je réagis par rapport à ces informations. Je n’ai jamais animé une fronde pendant le magistère du camarade Saleh Kebzabo, auprès de qui j’ai évolué dans la loyauté depuis 1992.

‎Le pilier discret qui prend les rênes de l’UNDR, titrait un confrère. Qu’est-ce qui vous a fait sortir de l’ombre?

‎👉Les gens se sont toujours mépris quant à leur jugement sur la direction ou la gestion de l’UNDR. J’ai toujours été associé étroitement au leadership du Parti. Contrairement à ce que les observateurs avertis croient, aucune décision politique n’est prise par le président Saleh Kebzabo seul. Nous avons notre culture managériale au sein du Parti caractérisée par la discipline à observer. Nous ne chantons pas sur les toits pour gérer nos problèmes et quand nous avions décidé d’intégrer la Transition avec les militaires suite au décès tragique du président Idriss Déby Itno, nous l’avions fait après débat en notre sein. J’ai joué ma partition en tant que 1er vice-président du Parti comme les autres camarades. Il n’y a pas de suprématie outrageante de qui que ce soit dans l’appareil de direction du Parti. Oui, je suis volontiers un des piliers de l’UNDR parce que je suis un des fondateurs du Parti. Sur les 57 membres qui figurent sur le document constitutif de l’UNDR, il ne reste plus que la camarade Louise Memdiguim Djimtobayem, Saleh Kebzabo et moi-même qui sommes actifs… Les autres sont soit décédés, soit, pour beaucoup d’entre eux, ont démissionné du Parti.

‎Votre parti politique est représenté au gouvernement, à l’Assemblée nationale et au Sénat. Quelles sont les perspectives politiques de l’UNDR au sein de la coalition au pouvoir?

‎👉Les perspectives politiques de la coalition qui gère actuellement le pays ne sont pas si mauvaises. L’UNDR est partie prenante de la situation politique et pense que son partenariat avec le MPS notamment, comme dit plus haut, peut s’intensifier. Les défis pour le redressement du pays sont nombreux, et je crois que les partenaires qui ont géré la transition vont poursuivre leur mission. Mon Parti y apportera sa contribution et reste solidaire de l’action gouvernementale.

‎On assiste à un réchauffement des relations entre la France et le Tchad après un intermède de quelques mois de tension suite au départ des soldats français du pays. Quelle est votre appréciation de ce réchauffement?

‎👉Je ne sais pas s’il y avait véritablement fraîcheur des relations entre les deux pays… Ce que nous constatons et auquel vous faites allusion, peut être évalué comme une sorte de clarification des rapports séculaires franco-tchadiens. L’UNDR estime que la souveraineté du Tchad doit être affirmée dans ses relations de coopération avec tous les pays, étant entendu qu’il a l’obligation de préserver ses intérêts stratégiques partout à travers le monde. Avec la France, le poids de l’histoire n’est pas à négliger et si l’on constate une avancée positive dans les relations franco-tchadiennes, c’est plutôt réjouissant. Le partenariat gagnant-gagnant entre la France et le Tchad est vivement souhaité par mon parti.

Cela fait plus d’un an que l’opposant Succès Masra a été condamné à 20 ans de prison. Il a été reconnu coupable de «diffusion de message à caractère haineux et xénophobe» et de «complicité de meurtre», sauf que lui-même, ses conseils et ses partisans crient à la conspiration politique. Son sort préoccupe-t-il l’UNDR?

‎👉L'UNDR s’est déjà prononcée sur cette question épineuse. En tant qu’homme politique, je ne me réjouirai pas de l’incarcération d’un homologue. Pour cette affaire, il faut privilégier le dialogue politique pour que la sérénité puisse s’installer au sein de la classe politique.

‎Les actes judiciaires peuvent être repris autrement, par exemple par une clémence du Président de la République en faveur des prisonniers politiques. En tout cas, mon parti se positionne en faveur du dialogue, les diatribes de certains courants nous paraissent contre-productives. Il faut négocier pour qu’une solution politique soit trouvée. Et que les personnalités arrêtées puissent retrouver la liberté.

‎Ces derniers temps on assiste à une recrudescence des conflits agriculteurs-éleveurs ou entre communautés. Que propose l’UNDR pour résorber ce problème?

‎👉C’est désolant de constater la persistance de ce fléau. La cohabitation entre les communautés tchadiennes est en danger. Au-delà du conflit agriculteur-éleveurs, c’est l’unité du pays qui est en jeu, l’Etat régalien doit sévir pour que les règles du vivre-ensemble ne soient plus bafouées. L’UNDR exhorte le Gouvernement à anticiper la préservation de la paix dans le pays, punir sévèrement les auteurs de ce mal, qui, dans bien des circonstances, sont identifiés. La justice doit être actionnée à cet effet pour sauver la cohabitation pacifique intercommunautaire.

‎En guise de mot de fin, que représente pour vous, pour l’UNDR et pour les Tchadiens, L’ESPOIR du logo du parti?

‎👉Si on n’a espoir en rien, on cesse de vivre. C’est parce que nous croyons en notre lutte politique que nous existons. L’avenir doit nous ouvrir des perspectives pour le renforcement de la démocratie au Tchad. Nous y croyons fermement. Le logo de l’UNDR en lui-même est tout un programme politique: L’ESPOIR!

‎Propos recueillis par Wakat Séra