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Économie : l'union africaine face à l’urgence de l’autonomie financière

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✍️Éric Topona
C’est une préoccupation et non des moindres qui ne fait jamais l’actualité des médias dans toutes les régions du continent africain, encore moins dans les plaidoyers des leaders des sociétés civiles africaines et des politiques. Il s’agit de la sempiternelle problématique du financement durable et autonome de l’Union africaine.Analyse d’Éric Topona pour Vent d’Afrique.com.

Que plus de soixante années après sa création à Addis-Abeba en 1963 l’Organisation de l’unité africaine (OUA), devenue Union africaine le 9 juillet 2002 à Durban, en Afrique du Sud, en application de la déclaration de Syrte du 9 septembre 1999, en soit encore à dépendre des bailleurs de fonds extérieurs pour son financement (au moins 70% de son budget dépend des bailleurs étrangers) est une réalité fort déshonorante pour l’Afrique tout entière. Pourtant, cette réalité est très peu connue ou commentée par les opinions publiques africaines.
La Commission de l’union africaine elle-même le constate pour le déplorer, sans cependant disposer des moyens d’action et de coercition pour y remédier. Une récente note interne en anglais intitulée Financing the Union : Towards the Financial Autonomy of the African Union fait ce constat : « Actuellement, l’UA n’est pas financée de manière prévisible, durable, équitable ou responsable. Elle dépend fortement du financement des bailleurs de fonds pour gérer ses programmes et ses activités, ce qui est aggravé par le fait que plus de 40% des États membres ne versent pas leurs contributions annuelles à l’Organisation […]. En outre, les États membres participent peu au processus d’établissement du budget de l’UA […]. La Commission ne dispose pas non plus d’un mécanisme solide de contrôle et de responsabilisation pour s’assurer que les ressources sont utilisées de manière efficace et prudente. »
Question de cohérence
Cette réalité alarmante pose une question de cohérence géopolitique et géostratégique.
Lorsque les pays africains accèdent à la souveraineté internationale, c’est notamment avec le souci affirmé et légitime de ne plus « dormir sur la natte des autres », pour reprendre le titre d’un essai célèbre de l’historien burkinabé Joseph Ki-Zerbo. Il tient aussi lieu d’exhortation pressante à l’endroit des Africains, afin de ne pas retomber dans les rapports de soumission, voire de vassalisation contre lesquels les pères fondateurs de l’Afrique contemporaine se sont longtemps battus, parfois au prix de leur vie ou de leur liberté. Cette perte de souveraineté volontaire de l’Union africaine pour financer le fonctionnement de la Commission, y compris ses programmes, limite forcément sa marge de manœuvre lorsqu’elle doit défendre les intérêts du continent dans une situation de concurrence avec d’autres entités géopolitiques.
Imagine-t-on le siège de l’Union européenne à Bruxelles « offert » aux Européens par la Chine ? C’est paradoxalement le cas avec le siège futuriste actuel de l’Union africaine, inauguré le 28 janvier 2012 à Addis-Abeba.
À cet égard, le 27 janvier 2012, le magazine panafricain Jeune Afrique publiait un article intitulé La Chine offre un nouveau siège à l’Union africaine pour cimenter ses amitiés africaines. Ce titre ne manque pas d’interroger à la première lecture tout esprit un tant soit peu lucide, voire de susciter une réelle perplexité. « Les États », rappelait avec insistance le général de Gaulle, et non sans raison, « n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts. » Et treize années plus tard, après la mise en fonctionnement de ce nouveau siège, les États africains qui se réjouissaient de savoir, en ces temps-là, que tout chemin menait à Pékin, découvriront quelques années plus tard que ce somptueux édifice est truffé de micros d’écoute grâce auxquels les échanges, les concertations, les stratégies diplomatiques panafricaines sont pour les services et la diplomatie chinoise des secrets de polichinelle.
Hiatus et dissonance
Le déficit de financement de l’Union africaine par les Africains pose également la question du hiatus, de la dissonance entre les programmes ambitieux de l’Union africaine destinés aux peuples et les moyens financiers mobilisés en interne pour les réaliser. S’il faut compter sur les financements extérieurs pour leur donner corps, les États bénéficiaires se retrouveront forcément tributaires, et à leur grand dam, des aléas si caractéristiques des financements attendus des bailleurs extérieurs.
Pourtant, le financement de l’Union africaine par les Africains est largement à la portée des États du continent. Son financement devrait figurer au rang de leurs priorités diplomatiques. Car l’Union africaine est en quelque sorte la gardienne du Temple de la souveraineté de l’Afrique, son porte-étendard et sa voix dans la gestion concertée des affaires du monde et pour la défense de ses intérêts.
Pour ne prendre qu’un exemple en lien avec l’actualité récente, il s’agit de la revendication par l’Afrique, et fort légitimement, d’un siège de membre permanent au conseil de sécurité de l’ONU, comme vient de l’exprimer avec force le chef de l’État sud-africain Cyril Ramaphosa, à la tribune de l’Assemblée générale des Nations unies en septembre 2025.
Mais pour être écoutée et respectée, cette Afrique devra d’abord se respecter elle-même.
Rendre à l’Union africaine, donc à l’Afrique sa dignité, c’est d’abord lui garantir son indépendance financière et par les seuls Africains. Des mécanismes de financement innovants existent ; et il existe sur le continent africain une ingénierie financière compétente capable de les mobiliser si la volonté politique lui en donne la latitude.